Appel à communications – Les grands classiques des petites sociétés
CR24 | IIE RENCONTRES SOCIOLOGIQUES | AISLF
29 juin – 2 juillet 2026 | Bergame, Italie
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La taille des sociétés est un objet de connaissance classique, sur lequel se sont penchés des penseurs et acteurs politiques aussi divers que Platon, Aristote, Montesquieu, Rousseau, Woodrow Wilson, Schumacher et Kundera, tantôt pour réfléchir à la taille idéale des sociétés politiques et économiques, tantôt pour promouvoir et aménager leurs droits dans le concert des nations, tantôt pour sonder leur part d’universalité et de singularité. Ses adjectifs de prédilection, le grand et le petit, ont servi à désigner la taille des États, des nations, des cultures et des littératures. Si cette remarquable fécondité témoigne de leur puissance heuristique, on y reconnait également le défi de leur stabilisation conceptuelle. Aujourd’hui même, la taille des sociétés s’avère une source d’interrogation importante, dans un monde globalisé où les États-nations souverains sont concurrencés par des formes fédérales et impériales plus ou moins décentralisées. On la retrouve comme variable d’intérêt pour comprendre les stratégies diplomatiques et militaires sur la scène internationale (Fox, 1969 ; Amstrup, 1976 ; Steinmetz et Wivel, 2010), pour mettre à jour les opportunités, avantages et défis différenciés du marché mondialisé (Katzenstein, 1985 ; Alesina et Spolaore, 2003 ; Van Den Bulcke, Verbeke et Yuan, 2009), ou encore pour réfléchir aux normes et modèles démocratiques et étatiques (Dahl et Tufte, 1973 ; Keating et Harvey, 2014).
En offrant un regard original sur des dynamiques et formes sociales souvent négligées, la question de la taille des sociétés interroge épistémologiquement, méthodologiquement et éthiquement les sciences sociales « habituées à des perspectives de sociétés moyennes ou grandes » (Eisenstadt 1976-1977). Qu’il suffise de rappeler ici la place donnée par la tradition sociologique occidentale au couple conceptuel « communauté » et « société », dont l’une des principales distinctions interprétatives est la petitesse des premières et la grandeur des secondes, à même d’expliquer la cohésion et la différenciation internes des unes et des autres, si ce n’est leur part de traditionalisme et de modernisme, et par là leur position sur l’échelle du progrès. Se faisant l’écho du sociologue israélien S.N. Eisenstadt, le sociologue norvégien Stein Rokkan a déploré en son temps le « large-nation bias » d’un grand nombre de travaux sociologiques (1971). C’est dire, par-là, qu’au creux de la question des petites sociétés, écrit le sociologue québécois Joseph Yvon Thériault, se joue « la question de la diversité culturelle et des lieux politiques permettant le déploiement de cette pluralité […] C’est pourquoi la question des petites sociétés est la question politique par excellence de notre époque » (Thériault, 2005, p. xviii-xix). Certainement, à tout le moins, une question savante d’importance.
Le présent appel à communications amorce l’ambitieux projet d’établir la toute première anthologie critique et commentée de la littérature savante sur les petites sociétés. Nous invitons les participantes et les participants à soumettre une proposition de communication portant sur un ou des auteurs.trices, sur un ou des textes, qui mériteraient à leurs yeux de figurer dans un tel ouvrage. Les communications auront pour objectif de présenter et d’analyser ces textes et ces auteurs.trices, et d’expliquer en quoi ils.elles contribuent à mieux comprendre la petitesse, relative à la taille, au poids, à l’influence, à l’agentivité, aux marges d’action d’une société, comme variable d’intérêt pour l’étude des dynamiques et formes sociales d’hier et d’aujourd’hui. Grâce à ce projet collégial, le Comité de recherche « Petites sociétés et construction du savoir » (CR24) souhaite contribuer à faire mieux connaître l’heuristicité de la petitesse comme angle d’analyse, en même temps que contribuer à stabiliser son usage conceptuel et méthodologique, en dégageant quelque chose comme un canon, une tradition, une référence commune.
Nous invitons les personnes intéressées à nous faire parvenir d’ici au 31 octobre 2025 une proposition de communication (200-250 mots) et une notice biobibliographique (100-150 mots) à Jean-François Laniel (jean-francois.laniel@soc.ulaval.ca) et à Svetla Koleva (svetlakoleva2002@yahoo.com).


