Appel à communications – Quel avenir pour les universités en région au Québec?

Projet de journées d’étude
Université du Québec à Rimouski, campus de Lévis
6-7-8 mars 2025

Co-organisation
Jean Bernatchez
, UQAR
François-Olivier Dorais, UQAC
Olivier Lemieux, UQAR
Marc-Urbain Proulx, UQAC

 

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« Il faudrait d’abord cesser d’imiter ce qui se fait ailleurs avec des moyens infiniment plus considérables. Les peuples nombreux et riches répandent la culture avec la même abondance que le napalm. Aux petits reviennent les ressources de l’astuce où de nobles paroles ont des chances de s’attacher à ces questions plus profondes auxquelles ne s’attardent guère les grandes manœuvres et les grands équipages [1] »
 – Fernand Dumont

 

Depuis quelques années, et c’est un truisme de le dire, l’université est travaillée par de profondes transformations. Ces dernières sont, pourrait-on dire, à la mesure des réponses qu’elle doit apporter à l’accélération du changement social lié à la crise climatique, à la polarisation croissante des sociétés, au déploiement de la quatrième révolution industrielle ou encore aux contrecoups de la pandémie de COVID-19. Cet emballement de notre monde interpelle tous les secteurs névralgiques de l’enseignement supérieur, de la recherche à la pédagogie, en passant par les stratégies de recrutement, les modes de financement et les modes de gouvernance. L’université québécoise n’échappe pas à ces défis et se trouve, elle aussi, à la croisée des chemins, convoquée à une réflexion sur ses finalités, à l’exigence d’une actualisation de sa mission dans le respect de ses principes instituant.

Ce chantier est déjà bien amorcé, entre autres grâce aux réflexions menées en 2017 dans le cadre du 50e anniversaire du réseau de l’Université du Québec[2], en 2020 par un groupe de travail présidé par le scientifique en chef du Québec[3], initiatives auxquelles s’est ajoutée, récemment, la publication du rapport de la Commission Cloutier sur la liberté académique[4]. Dans la foulée de cette réflexion systématique et globale engagée sur l’université québécoise, le devenir des universités en région a fait l’objet d’un traitement encore relativement limité et fragmentaire. Il en va pourtant de la spécificité des enjeux et des défis communs à ces établissements d’enseignement supérieur du Québec [5]. Leur confluence apparaît peut-être plus visible que jamais, à l’heure où le déploiement accéléré du numérique invite à une déterritorialisation, une dématérialisation et une délocalisation de l’enseignement supérieur et où les régions sont appelées à vivre de vastes transitions à la fois économiques, industrielles, sociales, environnementales et démographiques. Comment nos universités en région sont-elles et seront-elles sollicitées par ces transformations ? Comment peuvent-elles et pourront-elles s’y adapter et continuer de jouer leur rôle souvent défini à travers le lien de proximité et l’échelle humaine ? D’ailleurs, quelle place occupe ou doit occuper ce caractère proximal de l’université en région ? Comment le définir, s’y rattacher ou le dépasser ?

Ces questionnements complexes se doublent des défis classiques de l’enseignement universitaire en milieu régional : dispersion territoriale des populations étudiantes, scolarisation moins élevée de la population active, croissance de la population étudiante autochtone, rétention étudiante et professorale, continuité des parcours de formation avec les cégeps en région, plus forte représentation de personnes étudiantes en situation d’accommodements, demande accrue pour des formations professionnalisantes, distance culturelle entre l’université et son milieu, pratique de la recherche interdisciplinaire, insuffisance des ressources humaines et matérielles, compétitivité défavorable induite par le mode de financement du réseau universitaire, obligation du recrutement international pour le maintien des effectifs étudiants, etc. Enfin, le défi contemporain de l’université en région tient peut-être aussi à sa fragilité accrue devant la transformation de l’ADN des universités en Occident qui, depuis quelques années, cherchent de plus en plus à modeler leur fonctionnement sur celui de l’entreprise et à répondre aux nouvelles exigences de compétitivité – centralisées et nécessairement inégalitaires – issues de la dynamique de mondialisation de l’enseignement supérieur[6]. Au-delà du mode de fonctionnement, les universités sont aussi plus que jamais appelées, même poussées, à agir comme des « partenaires » de l’entreprise privée chargées de porter des « zones » ou des « pôles » d’innovation favorisant certains types de recherche lucrativement attrayants.

La particularité de ces défis évoque, du même souffle, la spécificité du projet de l’université en région québécoise et de ses intentions primordiales. Pensons notamment ici à son articulation à un système d’éducation national, territorial et public, à sa mission d’accessibilité au savoir ou encore à sa double vocation, à la fois communautaire (celle de l’université régionale, de laquelle on attend un rayonnement et une offre de service public) et généraliste (celle de l’université en région, qui doit ouvrir sur l’universel de la connaissance). Si l’on ne saurait minimiser l’importance du dynamisme de ces institutions dans le soutien et la vitalité des communautés locales du Québec, les universités en région sont aussi autant d’interfaces dans l’expression de sa diversité territoriale, intellectuelle et scientifique. Une telle réflexion ne peut en ce sens faire l’économie d’une réflexion plus large sur les régions elles-mêmes, leurs changements comme leurs permanences, leurs besoins comme leurs défis.

Ces rappels illustrent la pertinence d’entreprendre une réflexion structurée et actualisée sur l’institution universitaire en milieu régional au Québec, au regard de ce qu’elle fut et de ce qu’elle pourrait devenir. Car il est de notre conviction que ce n’est pas par quelconques stratégies de substitution ou par simple mimétisme des grandes institutions d’enseignement que ces établissements s’actualiseront. C’est plutôt en revenant à leurs fondements et leurs raisons fortes, mais aussi dans le souci de leurs ancrages, qu’ils persévèreront dans leur être et reconnaîtront leur identité. Plus concrètement, cinq axes permettront d’aborder les questions que soulève cette démarche :

  • Fondation et évolution: Comment les universités en région au Québec sont-elles nées? Quels besoins, quelles aspirations, quelle demande sociale, quels modèles et quels principes instituant ont présidé à leur création ? À quels débats leur création ont-ils donné lieu ? Dans quelle mesure ce geste fondateur peut-il et doit-il encore nous inspirer aujourd’hui ? Comment ont évolué les portraits démographique, institutionnel, pédagogique et les priorités en recherche de ces institutions ? Quel partage de compétences ont été initialement envisagé avec les cégeps en région, et comment ce partage a-t-il évolué au fil des ans?
  • Mission et fonction: Quelle est la mission des universités en région aujourd’hui ? Comment définir sa fonction en regard de l’évolution des régions québécoises ? Quelles sont les tendances actuelles susceptibles d’influencer cette fonction ? À quelles visions – convergentes et divergentes – de l’université s’arrime-t-elle ? À quels besoins doit-elle répondre, tant chez les étudiantes et étudiants qu’auprès de la collectivité qu’elle dessert, et comment ces besoins peuvent-ils s’articuler avec la double vocation généraliste et culturelle de l’université ? Comment sa mission s’inscrit-elle dans celle des pôles régionaux de l’enseignement supérieur, qui intègre notamment le réseau collégial ?
  • Comparaison: À quels modèles nos universités en région se comparent-elles ailleurs au Canada et dans le monde ? Comment ce qui se fait ailleurs peut-il inspirer ce qui s’élabore ici ? Comment a-t-on pensé et réfléchi la vocation des universités en région – ou de proximité – dans d’autres pays ?
  • Gouvernance et financement : Quels sont les besoins spécifiques des universités en région en matière de gouvernance ? Quels en sont les principaux cadres d’analyse ? Quels en sont les moteurs et les freins ? Les universités en région sont-elles viables dans le cadre de financement actuel du réseau universitaire public ? Quels enjeux soulèvent la réorientation des stratégies de recrutement vers l’international ?
  • Accessibilité : Quels sont les enjeux et défis en matière d’accessibilité dans les universités en région ? Comment le déploiement accéléré du numérique en éducation et les transformations récentes des approches pédagogiques interpellent-ils les enjeux d’accessibilité ? Comment favoriser une meilleure rétention étudiante et professorale dans les universités en région ? Quels sont les rôles et les responsabilités des universités en région face à une population étudiante autochtone en croissance ?

Nous invitons chaleureusement celles et ceux qui souhaitent participer à cette journée d’étude à soumettre des propositions portant sur les axes ci-haut ou sur d’autres objets qui leur sembleraient pertinents au regard de la problématique.

Merci de faire parvenir votre proposition de communication avant le 15 mai à l’adresse suivante : colloque.uqregion@gmail.com     

La soumission doit comprendre les éléments suivants: 1) le titre de la communication; 2) un résumé de l’exposé d’environ 200 mots; 3) les coordonnées du présentateur ou de la présentatrice (nom, prénom, statut, établissement, adresse électronique); 4) une courte biographie (5 lignes).

Une demande de subvention pour ce projet est en cours d’élaboration. Nous espérons pouvoir défrayer, en partie ou en totalité, les frais de déplacement et d’hébergement des conférenciers et conférencières.


[1] Fernand Dumont, La vigile du Québec, Montréal, HMH, 1971, p. 97.

[2] Voir Pierre Doray (et al.), L’Université du Québec. 1968-2018. 50 ans de contributions éducatives et scientifiques au développement du Québec, Montréal, PUQ, 2018, 676 p.

[3] L’Université québécoise du futur : Tendances, enjeux, pistes d’action et recommandations, 15 septembre 2020. https://www.scientifique-en-chef.gouv.qc.ca/wp-content/uploads/UduFutur-FRQ-1.pdf

[4] Reconnaître, protéger et promouvoir la liberté universitaire. Rapport de la commission scientifique et technique indépendante sur la reconnaissance de la liberté académique dans le milieu universitaire, décembre 2021, https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/education/publications-adm/enseignement-superieur/organismes-lies/Rapport-complet-Web.pdf?1639494244

[5] Nous pensons certes ici à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), l’Université du Québec en Outaouais (UQO) et l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), mais également à l’Université de Sherbrooke et aux nombreuses antennes ou campus décentralisés (notamment Drummondville, Lévis, Saint-Jérôme et Val d’or).

[6] On citera en exemple le cas récent de la quasi-fermeture de l’Université Laurentienne, une université régionale du Moyen-Nord ontarien, rationalisée au nom d’une lecture strictement comptable de ses programmes.

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