La relation entre l’universel et le particulier: tension et complémentarité dans le monde contemporain

L’idée consiste à regrouper entre 6 et 10 conférenciers qui contribueraient à la publication d’un ouvrage collectif; à cela s’ajouteraient d’autres contributeurs qui viendraient publier des textes commandés ou publiés récemment dans d’autres langues que le français. La relation entre l’universel et le particulier est bien connue dans la littérature et a été historiquement pensée autour de la tension entre le cosmopolitisme et le nationalisme. Alors que la première approche repose sur l’idée d’une unité du genre humain, la doctrine nationaliste affirme quant à elle l’importance pour les individus de soutenir d’abord et avant tout l’intérêt particulier de leur peuple plutôt que les intérêts des autres peuples ou ceux du reste de l’humanité. Les contingences historiques ont fait en sorte que le nationalisme et les identités politiques particulières ont eu le dessus sur l’idéal universaliste.

Toutefois, plusieurs éléments contemporains ont contribué à réactiver dans l’imaginaire théorique la critique des identités particulières au profit d’une logique d’appartenance davantage tournée vers l’universel. Deux aspects sont clairement affectés par cette situation. Dans un premier temps, alors que la démocratie s’impose de plus en plus à travers le monde, plusieurs individus notent que la capacité de l’État à assurer sa légitimité démocratique devient sans cesse plus restreinte. Historiquement, l’exercice de la démocratie s’est réalisé à l’intérieur des frontières de l’État moderne. Or, cet enclavement de la démocratie apparaît maintenant comme une lourde contrainte en cette ère de mondialisation. La présence d’acteurs transnationaux fait en sorte que le destin des individus dépend d’agents qui sont hors de portée du contrôle des États auxquels ils appartiennent. Les citoyens des démocraties actuelles sentent ainsi bien souvent qu’ils sont impuissants lorsqu’ils n’ont pas voix au chapitre. C’est la raison pour laquelle plusieurs soutiennent la nécessité de désenclaver l’exercice de la démocratie des frontières de l’État-nation afin de créer des institutions politiques cosmopolitiques contribuant ainsi à engendrer l’idée d’un demos universel.

Dans la même veine, la construction des États modernes s’est accompagnée d’une délimitation des obligations éthiques à des groupes restreints d’individus qui se sentent psychologiquement unis grâce aux outils inhérents au nationalisme. Ces obligations particulières en sont venues à avoir préséance sur les obligations morales que les individus doivent à l’ensemble de l’humanité. On peut penser ici à ce qui touche à la justice distributive et à la solidarité intersubjective. Or, avec la mondialisation, les individus en sont venus à prendre conscience des inégalités de richesses entre les individus et que l’interdépendance globale devrait mener à des obligations internationales (notamment en lien avec la protection de l’environnement). À l’instar de la démocratie, on voit apparaître une exigence de désenclaver les politiques de justice sociale et de solidarité des frontières particulières des États-nations afin de les transposer à l’espace universel.

Les débats théoriques entourant le nationalisme et le cosmopolitisme ont l’avantage de bénéficier d’un espace empirique avec l’Union européenne. Celle-ci est en effet la première tentative sérieuse en vue d’établir un ordre politique postnational, ce qui entraîne des discussions fort intéressantes en ce qui a trait à la cohabitation (aisée ou non) d’espaces politiques particuliers avec un espace postwestphalien.

Enfin, la tension entre le particulier et l’universel ne se limite pas à la relation entre le nationalisme et le cosmopolitisme. Celle-ci se retrouve également au niveau des États eux-mêmes et de leur identité nationale. En effet, avec le multiculturalisme, les États doivent faire en sorte d’adapter leur identité de manière à ce que tous les groupes ethnoculturels soient en mesure de se sentir membres à part entière de leur communauté politique et de sentir des liens de co-fraternité avec les individus qui appartiennent au groupe ethnoculturel dominant. Il en va de même avec les sociétés plurinationales où différents groupes nationaux doivent cohabiter les uns avec les autres. Dans ces communautés politiques, l’identité politique se doit également d’y être la plus universelle possible pour bien refléter tous les groupes nationaux présents.

Dans ce projet de livre appuyé sur un cycle de conférences, nous proposons d’analyser toutes ces dimensions liées à la tension entre l’universel et le particulier.

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