Ma recherche doctorale analyse de manière comparative la mise en œuvre des nouveaux programmes d’éducation à la citoyenneté au Québec (Culture et citoyenneté québécoise, 2023) et en Fédération Wallonie-Bruxelles (Éducation à la philosophie et à la citoyenneté, 2022). Ces deux réformes, conçues pour répondre à un contexte marqué par la polarisation, les débats sur la laïcité et la montée des « questions socialement vives », entendent servir le développement de la littératie épistémique, entendue comme la capacité à reconnaître et mobiliser de manière critique différents types de savoirs (scientifiques, moraux, religieux ou idéologiques, etc).
Mon projet vise à comprendre comment cette littératie épistémique est arrimée aux modèles de citoyenneté promus par les programmes, et dans quelle mesure elle se traduit — ou non — dans les pratiques enseignantes. J’examinerai notamment les savoirs de référence mobilisés pour aborder des enjeux sensibles tels que le racisme, le colonialisme et l’identité de genre, en portant attention aux tensions entre relativisme, dogmatisme et reproduction des rapports de pouvoir.
La recherche repose sur une analyse de contenu des deux curriculums et sur des entretiens semi-dirigés menés auprès d’enseignants et d’élèves au Québec et en Belgique. Elle mobilise un cadre théorique articulant :
- les travaux sur la littératie épistémique (Stones & Fraser-Pearce)
- les critères contemporains de démarcation entre science et non-science (Hacking ; Ruphy)
- la notion de « colonialité des savoirs » (Solomon-Tsehaye & Vieille-Grosjean), appliquée aux pratiques pédagogiques et aux postures enseignantes.
En éclairant les convergences et les différences entre deux sociétés francophones au rapport distinct à la laïcité, au religieux et au pluralisme, cette recherche contribuera à une meilleure compréhension des transformations contemporaines de l’éducation à la citoyenneté. Elle offrira également des retombées concrètes, notamment la production d’une annexe curriculaire destinée aux enseignants de CCQ et d’EPC pour soutenir la formation épistémique des élèves.
Ce projet s’inscrit directement dans l’axe 3 « Démocratie et pluralisme », et particulièrement dans le sous-axe « Religions et laïcité ». Il documente les recompositions du pluralisme normatif à l’école et les défis que posent, pour les sociétés démocratiques, la formation de citoyens capables de naviguer entre divers régimes de vérité dans un contexte de polarisation sociale grandissante. La thèse prévoit être réalisée en cotutelle entre l’UQAM (Sciences des religions) et l’Université libre de Bruxelles (Sciences de l’éducation), sous la direction conjointe des professeures Stéphanie Tremblay (UQAM) et Coralie Delhaye (ULB).